09.11.2004
Questions à JP Bègue psychanalyste en ligne
Vous êtes l’un des premiers psychanalystes a avoir investi le net pour y proposer l’analyse en ligne. Dans un contexte psychanalytique où le respect des règles constitue un cadre intangible à la pratique, comment vous est venue cette idée, pour le moins novatrice et audacieuse, de remplacer le divan par l’ordinateur ?
J’ai tout de suite compris les immenses possibilités qu’offrait Internet pour avoir accès, en quelques clics de souris, à de formidables banques de données et pour effectuer de chez soi de nombreuses tâches (achats en ligne, courses, démarches) mais ce qui m’avait le plus impressionné c’était la possibilité de communiquer avec une personne à l’autre bout du monde en la voyant sur un écran grâce au haut débit et à la webcam.
L’idée s’est alors imposée à moi comme une évidence : pourquoi ne pas faire le lien entre l’analyse et Internet en réunissant les 2 ; c’est de cette union qu’est née l’analyse en ligne.
Pouvez-vous décrire votre façon de procéder, comment se passe concrètement une séance d’analyse sur le net ?
Le premier contact se fait par mail, il correspond à la demande de la personne et à l’examen de la recevabilité de sa demande qui peut, dans certains cas, ne pas être recevable ou déboucher sur une période d’essai à l’issue de laquelle une décision sera prise.
Nous nous mettons ensuite d’accord sur les rendez-vous hebdomadaires (généralement 3), nous convenons de l’horaire et des modalités de paiement (chèque en début de mois).
Les séances ont lieu au jour et heure fixés sur l’aire de rencontre de Yahoo ou de Messenger, la confidentialité est bien protégée puisque le patient et moi sommes les seuls à utiliser cet espace qui nous est réservé.
Une fois le contact établi et les webcams mises en marche, la séance commence par un échange de bonjour en se voyant puis j’interromps d’un clic de souris la télétransmission de ma caméra afin que le patient ne me voit plus, par contre, le patient lui reste sous mon regard par le biais de la caméra pendant les 45 minutes que dure la séance.
J’écoute mon analysant dont les paroles me parviennent par les écouteurs ; le micro dont je dispose me permet d’intervenir quand je le juge opportun tout comme je le ferais dans mon cabinet. A la fin de la séance, je rebranche ma caméra, je redeviens visible pour mon patient et j’échange quelques mots avec lui avant de lui dire au revoir.
Votre description me fait associer sur l’hypnose avec l’écran de l’ordinateur comme pendule, l’interruption de la transmission de l’image par l’analyste me suggère la formule de l’hypnotiseur vos paupières sont lourdes de plus en plus lourdes et l’analyste redevenu visible à la fin de la séance le réveillez-vous de l’hypnotiseur. N’est ce pas là un retour en arrière par rapport à l’avancée de Freud ?
Que l’évocation de la psychanalyse vous fasse associer sur l’hypnose me paraît normal puisque Freud l’a d’abord utilisée avec ses patients pour les aider à retrouver des souvenirs refoulés mais il a abandonné cette pratique pour celle de la libre association car de nombreux patients insensibles à la suggestion ne pouvaient pas être hypnotisés.
Dans la pratique de la psychanalyse en ligne, l’analyste ne cherche pas à endormir son patient mais plutôt à l’éveiller aux manifestations de l’inconscient pour lui permettre de reconnaître son désir avec comme effet un remaniement de sa subjectivité et une meilleure connaissance de soi.
La psychanalyse inventée par Freud a des règles bien précises qui concourent au bon déroulement de la cure. Ne craignez-vous pas que votre pratique sur le net soit considérée comme une rupture par rapport à l’analyse sur le divan dès lors qu’il n’y a plus la présence physique d’un analyste et d’un analysant dans le même espace. En un mot, il ne s’agirait plus de psychanalyse mais d’une variante au standard de la cure analytique. Peut-on encore parler de psychanalyse dans ce cas ?
Oui, je crois que l’on peut encore parler de psychanalyse dans ce cas.
Freud a toujours laissé la porte ouverte à d’autres dispositions techniques, il a même écrit que l’analyse était la seule technique appropriée à sa personnalité mais que cela ne voulait pas dire qu’un autre praticien constitué tout autrement que lui ne puisse pas être amené à prendre d’autres dispositions. Il est même allé plus loin en préconisant d’adapter la technique psychanalytique si des conditions nouvelles apparaissaient ; il pensait alors à un accroissement du nombre d’analystes et des personnes ayant recours à eux.
Freud a inventé la psychanalyse pour traiter des maladies psychiques : hystérie, phobie, obsessions. Son but étant de guérir les patients de leurs symptômes.
Au fil de la pratique, il s’est avéré que la guérison pouvait survenir pendant le traitement ou après la fin de celui-ci, c’est-à-dire de surcroît ou pas du tout. Actuellement, un analyste connu (JB Pontalis) a déclaré dans un entretien récent : « l’analyse n’a pas de but thérapeutique au départ car elle n’en fait pas son objectif, elle doit permettre une meilleure connaissance de soi. »
Du point de vue de la technique, une modification importante a été apportée par Lacan avec l’invention de la séance à durée variable. Quant à la neutralité bienveillante de l’analyste, elle est parfois transformée en manifestation d’affection ou à l’inverse en frustration de toute réponse à l’analysant.
Aujourd’hui avec l’apparition de l’analyse en ligne, l’évolution réside dans l’utilisation d’un nouveau moyen de communication à distance par le biais duquel la présence physique simultanée dans un même lieu n’est plus nécessaire pour pouvoir communiquer et se voir.
Autrement dit une analyse à distance semble possible en gardant les mêmes principes que l’analyse sur le divan : la présence d’un analyste en ligne le plus souvent silencieux dans une attitude de neutralité bienveillante et d’un analysant invité à dire tout ce qui lui vient à l’esprit spontanément sans appliquer aucune censure (règle de libre association) ; l’analyse des résistances c’est-à-dire les réticences ou les manquements à cette règle ainsi que tout ce qui, dans les actes ou les paroles, s’oppose à l’accès du sujet à son inconscient ; l’interprétation des rêves, des lapsus, des actes manqués ; l’analyse du transfert sur l’analyste de sentiments, d’émotions, de comportements et de désirs inconscients procédant de la relation aux figures parentales.
Nous connaissions l’analyse freudienne, l’analyse lacanienne, l’analyse jungienne, nous avons maintenant l’analyse en ligne. Reste à l’expérimenter et à en apprécier les avantages et les inconvénients.
Dans l’analyse, l’analysant est invité à dire les pensées parasites qui viennent interférer avec sa pensée rationnelle pendant la séance. La présence physique de l’analyste, sa poignée de main, son bureau, ses objets personnels, les bruits, les odeurs induisent ces pensées parasites qui témoignent d’un retour du refoulé. Dans votre approche ne vous privez-vous pas de ce qui constitue un des pivots de l’analyse ?
Vous avez raison, les éléments dont vous parlez peuvent, à certains moments, de la cure contribuer à induire des pensées parasites utiles au travail analytique. L’inconvénient majeur de l’analyse en ligne c’est de ne pas avoir la présence de l’autre, sa poignée de main, son apparence sexuée, le décor familier de son bureau et de nombreux autres détails.
Cet inconvénient paraît rédhibitoire au premier abord pourtant bon nombre d’internautes, habitués à tout faire de chez eux, peuvent apprécier l’analyse en ligne tout simplement parce qu’elle fait partie de ce qui est accessible à distance et qu’elle leur convient sous cette forme.
Pour d’autres personnes l’éloignement et la médiation de l’ordinateur constituent au contraire un avantage compte tenu de la nature de leurs difficultés : timidité, phobie sociale, sentiments intenses de culpabilité et de honte liés à des abus sexuels, peur du regard et du jugement de l’autre. Ce dispositif leur permet de surmonter la peur qui les empêchait de consulter un praticien en ville ou de renouer avec une demande d’aide trop vite abandonnée.
Il y a également les personnes souffrant d’anorexie ou de boulimie, chez elles, le corps est au premier plan, son effacement dans l’analyse en ligne peut dans certains cas se révéler très positif en facilitant la démarche vers l’analyste et ultérieurement le travail dans le cadre de la cure.
D’autre part, la moindre quantité d’informations visuelles, l’absence de la présence physique de l’analyste derrière soi suscitent paradoxalement une plus grande activité imaginaire chez le sujet entraînant parfois un retour plus rapide du refoulé.
Enfin, pour atténuer l’absence de présence physique, il y a la possibilité pour l’analyste en ligne de prévoir des rencontres avec son patient selon une périodicité adaptée à sa disponibilité et à son éloignement géographique.
Lorsque vous évoquez les personnes qui ont des difficultés spécifiques de type phobique ou celles qui ont des problèmes avec leur corps, ne croyez-vous pas que votre approche se met au service de leurs résistances et sert à éviter la relation à l’autre or ce sont bien ces résistances et leur analyse qui relèvent du travail dans la cure.
J’ai bien conscience qu’il s’agit de résistances dont le but est d’éviter le rapproché à l’autre mais que vaut-il mieux : laisser ces personnes dans leur souffrance ou leur permettre de faire le premier pas vers une aide dont les modalités semblent leur convenir ?
Je crois qu’en leur évitant la confrontation avec ce qu’elles ne peuvent supporter, l’analyse en ligne les met en confiance, éveille leur intérêt et leur permet de faire un travail qu’elles n’auraient probablement jamais pu entreprendre dans le cadre traditionnel.
C’est cela qui me paraît important.
L’écran de l’ordinateur, dont on peut se demander si l’analyste est devant ou derrière, peut être considéré comme une protection or une des spécificités de l’analyse c’est précisément la présence de l’analyste et de l’analysant sans séparation matérielle ; ce qui donne à l’analysant la possibilité de rompre le contrat en s’asseyant, en se levant, en regardant son analyste. Il y a donc un risque où chacun s’expose à une éventuelle rupture du contrat, dans votre pratique ce risque paraît inexistant.
Dans l’analyse en ligne, il y a également la possibilité que vous évoquez : le patient peut rompre le contrat en se levant pour disparaître du champ de la caméra ou en réclamant à son analyste de le voir en cours de séance ou bien encore en claquant la porte, en l’occurrence en se déconnectant. Il existe encore bien d’autres façons de rompre le contrat.
L’écran de l’ordinateur n’a pas été mis en place pour servir de protection, il est là parce qu’il est nécessaire à l’analyse en ligne, dit-on de l’analyste qui se tient derrière son patient qu’il le fait pour se protéger du regard de son analysant, je ne le pense pas, cette disposition spatiale est simplement nécessaire au dispositif analytique tel qu’il a été inventé par Freud.
Utiliser Internet, c’est rendre accessible plus facilement l’analyse a beaucoup de gens. Freud, en son temps, avait envisagé l’accessibilité de l’analyse à un plus large public et il y avait vu pour l’avenir deux conséquences majeures : une diminution sensible de l’efficacité thérapeutique et une difficulté à maintenir le respect des règles de la technique analytique. Qu’en pensez-vous ?
Je crois qu’effectivement la psychanalyse en ligne peut toucher, pour des raisons de commodité et de motivation propre à chacun, beaucoup de gens en ville mais aussi des personnes installées loin des grands centres urbains, des personnes expatriées ou bien encore des personnes dont la mobilité se trouve réduite du fait de la maladie ou d’un handicap.
Pour ce qui concerne la diminution sensible de l’efficacité thérapeutique du fait de l’ouverture à un plus large public, cette crainte me laisse perplexe car la psychanalyse a fait ses preuves et du point de vue scientifique un traitement dont l’efficacité a été testée et démontrée à partir d’une étude sur des groupes témoins ne perd pas son efficacité lorsqu’il est appliqué à une population élargie.
Je ne vois pas non plus pourquoi les règles techniques seraient plus difficiles à maintenir si ces règles se révèlent pertinentes par rapport au but que l’on se propose ; on ne change pas ce qui marche. En revanche si nous nous plaçons dans une perspective de contrôle, il est plus difficile de contrôler quelques milliers de praticiens qu’une dizaine, d’où les conseils de l’ordre et autres instances qui veillent sur le respect des règles pour éviter dérives ou transgressions.
Votre proposition d’analyse en ligne peut être perçue comme un créneau supplémentaire dans le foisonnement des offres de bien être assez éloigné de ce qui est la spécificité de l’analyse à savoir une recherche pour le sujet de sa vérité sans visée thérapeutique ou normative ni promesse de bonheur à l’issue de la cure ?
Effectivement, c’est une nouvelle offre à côté de ce qui existe en ville et sur le net. Je crois pour ma part que nous aspirons tous à un mieux être, pourquoi pas à un bien être et éventuellement au bonheur. J’ose espérer que la psychanalyse peut contribuer à un mieux être en libérant notre capacité à aimer et à faire des projets à défaut de nous guérir de notre condition humaine.
Sur Internet les séances d’analyse peuvent être enregistrées sous la forme de fichiers, le patient peut alors écouter les enregistrements de ce qu’il a dit et les interprétations de son analyste. N’y a t il pas un risque important au niveau de la confidentialité ; dans le bureau de l’analyste les paroles s’envolent, sur Internet elles restent mémorisées sur le disque dur ?
Le risque que vous évoquez existe, il est tout à fait possible d’installer un logiciel spécifique d’enregistrement sur l’ordinateur afin de conserver l’intégralité des séances sur le disque dur.
Cependant, il ne faudrait pas croire que dans l’intimité du cabinet de l’analyste ce risque n’existe pas, il est tout autant présent ; un patient peut très bien enregistrer la séance à l’insu de son analyste en ayant dans sa poche un magnétophone de taille réduite ou un dispositif encore plus miniaturisé (micro cravate) facile à se procurer dans le commerce.
Nous ne sommes plus à l’époque de Freud !
Nombreux sont ceux qui ont constaté, notamment sur les chats, qu’Internet avait des effets désinhibiteurs et provoquait des régressions dans le comportement ? N’y a t il pas là le risque pour l’analyste de se trouver face à un transfert totalement différent par son intensité et immaîtrisable de ce fait ?
Je ne crois pas que l’on puisse comparer un chat, situation groupale où tout est permis avec la situation analytique qui a un cadre (la séance), une règle (la libre association) et la présence structurante de l’analyste sujet supposé savoir. Qu’il y ait une levée des inhibitions et des comportements régressifs, c’est ce qui fait la matière du travail analytique à côté des manifestations de l’inconscient, c’est bien normal, c’est à dire conforme à ce qui se passe dans la cure.
Je peux vous assurer que le transfert dans l’analyse en ligne n’est ni plus ni moins intense qu’en cabinet et qu’il n’est pas différent dans sa nature puisqu’il prend bien la forme positive (amour) ou la forme négative (haine) à travers laquelle se joue la problématique singulière du sujet vis à vis de l’analyste.
Dans la séance sur le net, l’image en début et en fin de séance n’est pas l’analyste, de même que parler à l’analyste par l’intermédiaire d’un micro n’est pas la même chose que parler à un analyste dont on perçoit la présence derrière soi. Est-ce que cette virtualisation ne présente pas de risque pour les patients, ne peuvent-ils pas se demander s’ils parlent à quelqu’un de réel ou à un produit de leur imagination ?
Je voudrais vous faire remarquer la singularité de la situation analytique classique du divan, on ne prête pas suffisamment attention à cette singularité : parler à quelqu’un qui est derrière soi ; cette disposition spatiale engendre dans certains cas des peurs voire des angoisses intolérables rendant parfois impossible tout travail.
Je ne pense pas qu’un patient puisse se demander s’il parle à un produit de son imagination. Dans l’analyse en ligne, le patient sait bien qu’il s’adresse à une personne réelle ; il connaît son nom, son image et sa voix.
C’est un peu comme si au téléphone conversant avec une personne connue nous nous mettions à nous demander si nous parlons à une personne réelle, je crois que si tel était le cas, il faudrait appeler le Samu et nous diriger d’urgence vers un service spécialisé pour recevoir les soins appropriés à notre état.
Comment peut-on vous trouver sur Internet ?
Pour me trouver sur Internet c’est très simple : vous tapez l’adresse www.monpsychanalyste.com et vous êtes immédiatement accueilli sur le site.
Les internautes peuvent y découvrir ma photo, mon numéro Siret, mon nom, mon adresse, des informations sur la psychanalyse et la psychothérapie, ma formation et diplômes, mon parcours personnel et professionnel, la référence de mes articles ainsi que le tarif et les modalités de paiement. L’avantage du site c’est de donner un maximum de renseignements que les personnes n’oseraient peut-être pas demander à un praticien en ville avec en plus la possibilité de m’adresser un courriel pour me poser des questions.
JP BÈGUE Psychanalyste
11:25
Écrit par jean
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31.10.2004
Pyschanalyse en ligne : quand l'ordinateur remplace le divan
L’image traditionnelle du psychanalyste parisien installé dans un immeuble haussmanienn de la rive gauche et pratiquant l’écoute au chevet de son patient allongé sur le divan risque d’être sérieusement bouleversée par l’arrivée de l’analyse en ligne. Exit le divan, exit la présence physique de l’analyste, place à l’ordinateur.
Actuellement quelques psychanalystes novateurs confortablement installés devant leur ordinateur proposent déjà des analyses en utilisant des caméras numériques (webcams) pour des séances en direct avec leurs patients internautes qu’ils peuvent voir et entendre grâce à la transmission par haut débit (ADSL). Le rendez-vous a lieu au jour et heure fixés sur l’aire de rencontre de Yahoo ou de Messenger pour une séance dont la confidentialité est tout autant protégée que derrière les portes capitonnées d’un bureau puisque patient et analyste sont les seuls à utiliser cet espace qui leur est réservé.
Une fois le contact établi sur le net et les webcams mises en marche, la séance commence par un échange de bonjour en se voyant, puis l’analyste interrompt la télétransmission de sa caméra afin que le patient ne le voit pas. Par contre le patient reste sous son regard par le biais de la caméra pendant les 45 minutes que dure la séance.
L’analyste écoute son analysant dont les paroles lui parviennent par ses écouteurs ; le micro dont il dispose lui donne la possibilité d’intervenir quand il le juge opportun tout comme il le ferait dans son cabinet.
A la fin de la séance, l’analyste rebranche sa caméra et redevient visible pour son patient, il échange quelques mots avec lui avant de lui dire au revoir.
Ce nouveau mode de prise en charge rendu possible par le net présente de nombreux avantages :
l’absence de déplacement constitue l’un de ces avantages surtout en région parisienne où les temps de transport dépassent généralement l’heure dans des conditions difficiles génératrices de fatigue et de stress. Annie nous dit toute sa satisfaction :
« je peux faire ma séance chez moi, tranquillement installée dans un fauteuil face à mon ordinateur. Et puis plus de perte de temps, plus besoin de trouver une place pour se garer, plus de stress pour ne pas arriver en retard à la séance après une journée de travail. Quel bonheur ! Pour moi c’est la formule idéale… »
Ne plus avoir à se déplacer 3 fois par semaine en transport en commun ou en voiture a aussi un impact financier non négligeable lorsque l’on sait qu’une analyse dure en moyenne de 3 à 5 ans.
D’autre part, la mise en place de plages horaires tardives (20 h à 23 h) est particulièrement bien adaptée aux personnes qui travaillent et rentrent tard chez elles.
Le patient est également plus à l’aise dans son milieu familier, il est plus détendu, il se sent plus en sécurité, l’ordinateur sert de médiateur entre lui et l’analyste, le côté ludique du maniement de l’appareil joue un rôle de facilitateur dans la démarche et l’échange.
Il y a également une présence minimale de l’analyste, juste son image dans un coin de l’écran en début et en fin de séance et sa voix, le patient reçoit donc moins d’informations sur lui et il ne peut rien déduire sur son intimité car il n’a pas accès à son environnement familial et familier (appartement, bureau, mobilier, odeurs, conversations, autres patients), il va donc construire ce qu’il imagine à partir de son vécu infantile plus intensément et beaucoup plus rapidement que dans la cure traditionnelle.
La sensation d’être regardé et jugé que craignent beaucoup de patients est beaucoup moins forte voire même absente alors que la présence réelle de l’analyste augmente pour certaines personnes les sentiments de culpabilité ou de honte pour des traumatismes dont ils ne sont pas responsables mais victimes. Situation dont témoigne Sandrine :
« A plusieurs reprises j’ai pris des rendez-vous avec des psy mais je n’ai jamais pu y aller, j’ai tellement honte de ce qui m’est arrivé qu’il est impensable pour moi d’en parler, par contre en ligne je peux le dire sans éprouver de malaise.
J’avais un oncle qui me faisait très peur avec sa petite moustache et ses yeux noirs sévères, il me faisait des attouchements pendant que ma tante était en course. J’ai honte d’avoir fait ça, je me sens affreusement coupable et j’ai mal aujourd’hui lorsque je pense au sexe. Il y a des moments où je débloque complètement. Dans l’analyse en ligne je peux évoquer tous ces problèmes avec facilité mais je ne les ai pas encore résolus, c’est vraiment très dur. »
Internet permet aussi de choisir son analyste en ayant beaucoup plus de renseignements le concernant que dans la démarche habituelle en consultant son site personnel ou un annuaire professionnel : lieu d’exercice, qualifications, champ de compétences, biographie, publications et souvent photo. Voici ce que dit Pierre à ce sujet :
« Je voudrais insister sur le sérieux du « cyberpsy » car on met souvent en cause le sérieux ou la compétence de l’analyste sur Internet, je pense qu’il n’y a pas plus de risques qu’avec un psy en cabinet. Je dirais même que j’avais plus de renseignements qu’avec un psy en ville. Sur son site, j’ai pu voir la liste de ses diplômes, ses articles et livres ainsi que son parcours professionnel. J’ai apprécié cette transparence car je n’aurais probablement pas osé demander tous ces renseignements à un analyste en ville de peur qu’il imagine une mise en cause de sa compétence. »
Autre avantage on ne se trouve plus limité à son quartier, à sa ville, ni tributaire d’un intermédiaire susceptible de donner l’adresse d’un collègue ami ou de la même obédience.
La confidentialité est dans un certain nombre de cas plus grande que chez un praticien en ville ou dans un centre de soins ; il n’y a pas le risque de rencontrer une personne connue dans la salle d’attente ou d’être le sujet de conversations informelles au sein d’une équipe soignante.
Internet rend l’analyse accessible à des personnes qui habitent des régions isolées, à des personnes handicapées ou à des malades dont la mobilité se trouve réduite.
Enfin, il devient possible de continuer son analyse même si on déménage à l’autre bout de la France ou si on s’installe à l’étranger, àl’inverse des français installés à l’étranger peuvent faire une analyse depuis leur résidence, c’est le cas de Marie :
« Installée depuis 2 ans dans un petit village à 45 kms d’Amsterdam, je vis une situation de couple très difficile avec mon compagnon hollandais. Je m’exprime en hollandais pour les choses courantes mais je ne peux pas raconter mes problèmes dans cette langue.
J’ai aussi un autre problème : mon obésité, j’ai honte de mon corps, je pèse 95 kg et je ne peux supporter le regard des autres dans la rue ; je reste des semaines sans sortir avec pour seule distraction le PC branché en permanence. Alors quand une amie canadienne rencontrée sur le net m’a parlé d’un analyste en ligne j’ai immédiatement pris contact. »
Le lien avec l’analyste peut aussi être maintenu entre 2 séances ; si le patient a un rêve dont il veut faire part, une angoisse, un questionnement, il peut très bien envoyer un courriel à son analyste et celui-ci lui répond en toute simplicité le jour même, ce qui contribue à l’instauration d’un très grande confiance.
Sur le plan théorique, il n’y a pas de différence fondamentale entre l’analyse en ligne et l’analyse traditionnelle, ce sont bien les mêmes principes :
la démarche est clairement identifiée, il y a un cadre, une règle et la dimension de l’inconscient.
Le cadre, c’est le rendez-vous sur Internet à jour et heure précis, la fréquence hebdomadaire et la durée de la séance.
La règle fondamentale est la même que dans la cure classique : le patient est invité à dire tout ce qui lui vient à l’esprit spontanément même s’il s’agit de choses immorales ou grotesques, il est aussi invité à raconter ses rêves qui constituent, comme l’a écrit Freud, la voie royale pour saisir et comprendre certaines manifestations de l’inconscient.
L’inconscient est donc bien au premier plan puisqu’il s’agit de retrouver le désir refoulé à l’origine du symptôme ou du conflit intra psychique dont il est la cause tout en acquérant une meilleure connaissance de soi.
Le transfert sur l’analyste, c’est à dire la répétition et la mise à jour de comportements et d’émotions infantiles liés aux parents, se met en place comme dans la situation classique du divan ainsi que l’apparition des résistances, pour ne pas voir ou admettre certains faits ou sentiments gênants pour la conscience et l’image de soi.
Kareen étudiante en psycho en a fait l’expérience :
« le transfert sur la personne de l’analyste est bien présent ; j’admire beaucoup mon analyste (comme j’admirais mon père) et je me surprends à lui dire des choses incroyables, que je l’aime, que je veux me marier avec lui alors que nous avons 37 ans de différence d’âge ! Je suis sidérée, jamais je n’aurais pu imaginer avoir autant aimé mon père et haï ma mère !
Des souvenirs anciens remontent à la surface, parfois je pleure mais quelle différence entre pleurer sur le divan en regardant le mur d’en face ou pleurer devant mon écran puisque de toute façon « il » est là, derrière l’écran, bien présent et à l’écoute. »
Le contre transfert de l’analyste est lui aussi sollicité en réponse au transfert affectif du patient sur sa personne, il se doit alors de contrôler les sentiments et les émotions qu’il éprouve pour ne pas compromettre le bon déroulement de la thérapie.
Comme dans la cure classique, après avoir revécu et analysé, entre autres, le transfert et les résistances, il est possible au patient de réinvestir le réel en faisant des projets pour l’avenir, signe incontestable de son désinvestissement progressif de la situation psychanalytique et la fin proche de celle-ci.
Quant au paiement, il est de plus en plus sécurisé et s’effectue en ligne par le biais d’une carte bancaire à chaque séance ou par chèque pour un forfait mensuel payable d’avance.
L’évolution de la technique, le désir de vivre avec leur temps de quelques praticiens ont rendu inéluctable la pratique de l’analyse sur Internet. Cette pratique est possible à la condition de la croire possible et de se mettre en situation de recherche tout comme l’ont fait à leur époque des analystes célèbres comme Freud et Lacan.
L’analyse en ligne sera l’objet de nombreuses critiques voire de rejet de la part de nombreux professionnels qui y verront une atteinte intolérable à l’orthodoxie mais de tout temps la nouveauté a induit de telles attitudes.
L’analyse en ligne ne convient pas à tous – ne serait-ce que parce qu’elle suppose un matériel et une appropriation technique qui peuvent être lourds pour certains- elle ne prétend pas non plus se substituer à l’analyse classique qui se pratique en cabinet, elle n’a que le mérite d’exister, d’être là pour certaines personnes internautes qui trouvent dans son utilisation l’aide qui leur convient. N’est-ce pas l’essentiel ?
JP BÈGUE Psychanalyste
www.monpsychanalyste.com
11:41
Écrit par jean
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Vérité et mensonge dans l'analyse
La personne, qui souffre d’un symptôme récurrent et invalidant ou d’un mal être, va s’adresser à l’analyste dans l’espoir d’être guérie. Elle espère que celui-ci pourra l’aider à retrouver un mieux être en la débarrassant de sa souffrance. Or l’analyste n’a pas de visée thérapeutique a priori, ni de visée normative ; il ne promet pas non plus le bonheur à l’issue de la cure.
En revanche, il va placer la personne, par le biais du dispositif analytique, dans une position de recherche par rapport à sa vérité.
Dans ce contexte la signification du mot vérité n’a rien à voir avec l’exactitude des faits ou des propos, il s’agit de la vérité du désir inconscient d’un sujet que ce dernier ne peut appréhender par la conscience.
Le désir refoulé dans l’inconscient ignore le temps et conserve toujours son intensité ; il veut se faire reconnaître en s’extériorisant à travers la répétition du symptôme et cherche à se faire nommer pour être pris en compte par la conscience.
Toutefois ce désir se trouve confronté à la censure de la morale individuelle dont nous savons qu’une partie inconsciente agit sans que nous le sachions sur les représentations ou les sentiments qu’elle réprouve.
La morale dont la censure est la partie active veille à ce que le désir réprouvé ne sorte pas de l’inconscient, territoire dans lequel il s’affronte à des forces qui s’opposent à lui et auquel il fait tout pour s’échapper en utilisant tous les subterfuges, ce désir vrai, plus vrai que tous les autres car émanant de la personnalité profonde du sujet ne se manifeste la plupart du temps que sous une forme dont le sens nous échappe.
Si la Vérité de ce désir pouvait parler, elle s’exprimerait ainsi : « moi la vérité, je trompe la censure et du même coup je vous trompe en me travestissant pour ne pas être reconnue, je me manifeste dans les rêves qui vous plongent dans la plus grande perplexité et dont j’utilise toutes les ressources pour m’exprimer par déplacements, condensations et symboles afin de me réaliser de façon allusive et virtuelle en attendant mieux,
Je suis aussi là dans les symptômes de toute nature qui vous font souffrir et qui vous paraissent incompréhensibles, j’en assure la répétition au moment opportun dans votre vie car je n’ai pas d’autres moyens pour me signaler à vous compte tenu des pressions qui s’exercent sur moi. Je ne peux vous apparaître à visage découvert, vous ne pourriez pas le supporter car Moi la vérité, je suis votre vérité et je vous fais peur.
Dans d’autres circonstances, je peux m’exprimer plus facilement en vous faisant dire un mot pour un autre ou en vous faisant échouer un acte volontaire en le remplaçant par celui qui me traduit le mieux, cet acte qui vous paraît manqué est en fait pour moi un acte réussi.
Enfin je peux ne laisser apparaître que des bribes, des indices de ma présence pour éveiller votre curiosité et vous mettre sur ma piste. »
Le désir inconscient lorsqu’il parvient à être reconnu par le sujet fait souvent peur parce qu’il est la révélation de quelque chose que nous ne pouvions imaginer comme constitutif de notre être, nous découvrons en nous des désirs insoupçonnés que bien souvent la morale réprouve, nous pensions être meilleurs que ce que nous sommes en réalité, il faut s’accommoder de cette découverte et se résigner à cette nouvelle image de nous-mêmes.
Ce n’est pas sans difficultés, ni réticences, par exemple que cette mère obsessionnelle et surprotectrice découvre que ses comportements cachaient en fait une profonde agressivité et des vœux de mort à l’encontre de son fils.
La Vérité a le pouvoir de guérir, une fois le désir reconnu, le symptôme traduit en mots n’a plus aucune raison de se répéter, il disparaît à tout jamais et libère les capacités à aimer et à vivre le présent.
Quant au mensonge il est la condition même du dévoilement de la Vérité.
Pour donner une illustration, je prendrai 2 exemples : le lapsus et l’acte manqué.
Le lapsus, qu’il soit oral ou écrit, constitue une erreur mais ce que je voulais dire consciemment et volontairement était un mensonge par rapport au lapsus qui lui est bien l’expression d’une vérité inconsciente ou préconsciente.
Ainsi cette jeune femme, lors d’un mariage, voulant dire au père de la mariée que c’était un beau mariage dit, à sa grande stupéfaction, « c’était un bel enterrement » traduisant par ce lapsus son aversion pour le mariage qu’elle considérait plus ou moins consciemment comme la fin de toute vie personnelle et par suite de la vie tout court.
De la même manière, l’acte manqué qui me surprend est un acte réussi du point de vue de la vérité du désir ; il se substitue au mensonge que je m’apprêtais à commettre.
L’anecdote de ce jeune homme qui perd les alliances la veille de son mariage témoigne inconsciemment de son refus de l’union qui se prépare et montre combien sa décision était contraire à son désir le plus profond
Il y a donc des choses indicibles pour le sujet. Ces choses indicibles peuvent être refoulées dans l’inconscient ; le refoulement constituant un mensonge (je ne peux pas m’avouer la vérité) va maintenir dans l’inconscient le désir réprouvé et ne laisser apparaître à sa place dans la conscience, dans certains cas, que des éléments anodins, inexacts donc propres à tromper mais entretenant pourtant des liens associatifs avec la représentation refoulée.
Prenons l’exemple de Freud qui, parlant à son interlocuteur, ne parvient pas à citer le nom du peintre des fresques d’Orvieto ; il ne peut trouver que Botticelli et Boltraffio : Freud se dit alors « non ce n’est pas ça. »
Le fait de dire « ce n’est pas ça » montre que la conscience peut comparer, selon des processus que nous ignorons, les noms avec le nom recherché puisqu’il y a ce jugement. Si le nom oublié était complètement effacé, Freud ne pourrait pas formuler cette négation
Quant aux éléments retrouvés, ils participent au mensonge puisqu’ils ne permettent pas de traduire le désir refoulé mais ils en constituent la piste pour y parvenir.
En ne pouvant se rappeler le nom de Signorelli, Freud refoule son désir de mort, ce qui a pu faire dire que Freud avait cédé sur son désir, qu’il n’avait pas pu le dire.
Il n’y a donc de vérité, dans le cadre de l’analyse, que parce qu’il y a mensonge et aussi parce qu’il y a négation ou dénégation, le « non c’est pas ça » est une condition pour atteindre la vérité dont l’essence est de se cacher ou d’être cachée.
Quant au désir, on peut dire qu’il n’y a de désir que refoulé donc caché et que le refoulement est la condition même de son existence.
Dans ces conditions le désir refoulé serait plus vrai, plus fondamental pour nous que tous nos désirs conscients car beaucoup plus intense, actif et inquiétant dans la mesure où c’est lui qui gouverne, à notre insu, nos actions, nos dires et qui assure la répétition du symptôme douloureux au moment opportun dans notre vie.
Cette formule bien paradoxale « la vérité si je mens » s’applique tout particulièrement à la situation analytique dans laquelle les mensonges sont les pierres qui jalonnent la quête de la vérité.
JP BÈGUE Psychanalyste
11:37
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27.04.2004
La jalousie
Nous ressentons tous au fond de nous le désir de trouver un amour absolu, infini et inconditionnel qui comblerait notre manque, notre sentiment d’incomplétude et nous apporterait le bonheur auquel nous aspirons mais en même temps nous avons la sensation plus ou moins consciente qu’un amour d’une telle intensité n’existe pas sinon dans nos rêves.
Il n’empêche que lorsque nous rencontrons la personne que nous aimons et qui nous aime, nous désirons avec force que cet amour réciproque s’installe dans la durée, qu’il ne vienne pas à disparaître ou à être menacé par la présence d’un rival.
Or l’amour, passé la phase d’idéalisation de l’objet d’amour, période pendant laquelle l’autre est paré de toutes les vertus et remplit sa fonction dans le rapproché affectif, intellectuel et physique, s’effrite inexorablement avec le temps et change de nature ; ce n’est plus l’amour passion du début mais une tendresse dans le meilleur des cas ou de l’indifférence ; l’autre ou nous-même selon notre degré de désinvestissement portons notre intérêt vers l’extérieur : pensées, regards, sentiments, désirs, relation sexuelle.
La jalousie s’installe alors chez celui qui éprouve encore des sentiments pour l’autre, la peur de ne plus être aimé ou de ne plus être l’unique source de plaisir réactive la peur fondamentale de toute personne d’être abandonnée, niée ou rejetée.
Cette jalousie peut se traduire par des comportements d’une grande violence ou au contraire susciter une dépression au long cours.
Cependant même dans des couples parvenant à maintenir leur relation, un grand nombre de personnes se sentent mise en danger au moindre signe d’intérêt que l’autre peut avoir pour quelqu’un ou quelque chose d’extérieur à soi.
Ne plus être l’unique source de plaisir, c’est quelque part ne plus être indispensable ; cela renvoie à la petite enfance au niveau de l’affectivité la plus profonde ; c’est ne plus être tout pour la mère, c’est avoir à faire face à l’intrusion d’un tiers.
Or, nous devons admettre, bien que ce soit très difficile, que nous ne pouvons à nous seul répondre à tous les besoins de l’être aimé et qu’il ne peut pas répondre non plus à tous nos désirs ; force est de constater que nous ne sommes qu’un élément de satisfaction parmi d’autres possibles.
Peut-on, dans ces conditions, en vouloir à l’autre d’avoir envie de plaire, de séduire ? Peut-on lui en vouloir d’aimer le sexe, d’aimer se faire plaisir, d’aimer donner du plaisir, d’aimer partager ?
Le désir « d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte » est du point de vue de la raison légitime ou du moins est-elle compréhensible dans une société libérale et sans doute totalement inenvisageable dans une culture soumise à la religion.
Mais au-delà de la société, il peut y avoir le pacte implicite qui lie deux êtres qui s’aiment d’un amour raisonnable et raisonné, quelles limites peuvent-ils mettre à leur liberté, où se situe le point de rupture de leur relation ?
Est-ce qu’en cas d’infidélité, il faut en parler comme le prétendent certains et savoir écouter sans juger, sans condamner. Est-il souhaitable d’aller au fond des choses sans faux semblants dans un respect mutuel ou bien faut-il comme d’autres le pensent ne pas partager les choses qui se situent à un niveau d’intimité si profond et si sensible qu’elles ne peuvent que blesser inutilement.
Pourquoi faire souffrir l’autre avec la jalousie en lui révélant des choses inacceptables pour lui-même et qui de surcroît risque de conduire à une rupture qu’en fait aucun des deux ne souhaitent.
Le respect que nous devons à l’autre doit nous amener à ne pas révéler certaines choses ; certains manquements révèlent notre faiblesse bien humaine, nous ne sommes pas les uns et les autres des Saints, même si nous avons un idéal de droiture, de fidélité et de justice.
Nous avons aussi nos peurs, nos désirs, il ne convient pas de s’en décharger sur l’autre pour libérer notre conscience ou soulager notre culpabilité. Il faut les assumer, assumer également la partie mauvaise (naturelle) qui est en nous en sachant qu’elle est aussi dans l’autre.
Dans ces conditions nous sommes quittes. Nous serons toujours autre pour l’autre, lui-même faillible et contradictoire comme nous-même.
Aimer c’est ne pas éveiller la jalousie de l’autre, c’est veiller à ne pas lui faire de mal avec nos manquements à la parole donnée ou à l’engagement pris dans les liens du mariage. Aimer c’est aussi savoir mentir avec intelligence et cœur lorsqu’il le faut pour préserver l’autre tout en se préservant soi-même des conséquences possibles de nos actes ou de nos pensées.
JP BÈGUE
Psychanalyste
10:41
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23.01.2004
Témoignage
Sylvie 38 ans Hollande « je cherchais à faire une psychothérapie en français »
Installée depuis 2 ans dans un petit village à 45 kms d’Amsterdam, je vis une situation de couple très difficile avec mon compagnon hollandais. Je m’exprime en hollandais pour les choses courantes mais je ne pourrais pas raconter mes problèmes dans cette langue.
J’ai aussi un autre problème : mon obésité, j’ai honte de mon corps et je ne peux supporter le regard des autres dans la rue ; je reste des semaines sans sortir avec pour seule distraction le PC branché en permanence.
Alors quand une amie canadienne rencontrée sur le net m’a parlé du site monpsychanalyste.com j’ai immédiatement pris contact.
Cette prise en charge en ligne est la solution idéale pour moi ; j’ai un analyste français, je n’ai pas besoin de sortir de chez moi, je suis dans mon cadre de vie, je me sens à l’aise, en sécurité et le fait d’être devant un écran me permet de m’exprimer car je n’ai plus la barrière de mon physique.
Je me suis sentie tout de suite très écoutée et acceptée, j’aime beaucoup et j’attends avec impatience mon rendez-vous hebdomadaire en ligne, remarquez, j’ai toujours la possibilité d’entrer en contact par mail avec lui en dehors des rendez-vous si je suis trop mal, je suis sûre d’avoir une réponse dans la journée, c’est une vraie relation de confiance.
A présent je ressors et je fais de nouveau des projets, je me sens mieux, il se pourrait bien que je revienne en France…
11:15
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18.01.2004
Le silence dans l'analyse
L’adage bien connu « la parole est d’argent mais le silence est d’or » s’applique tout particulièrement à la situation analytique ; si libérer la parole du patient est bien l’objectif de la cure, il n’en demeure pas moins que c’est le silence de l’analyste qui va permettre cette libération.
En restant silencieux pendant les premières semaines jusqu’à l’établissement du transfert, l’analyste utilise le silence comme moteur ; il frustre le patient de toute réponse pendant cette période tout en gardant une attitude interne de bienveillance et d’acceptation.
Le patient confronté à ce silence va parler (ou se taire) en essayant toutes sortes de stratégies pour faire sortir son analyste de ce mutisme : il va chercher à l’émouvoir, à le charmer, à l’agresser et le besoin de se justifier va l’engager de plus en plus loin, ce qui lui fait perdre le contrôle de ce qu’il dit. Il est entraîné dans une double régression : régression vers des stades antérieurs de son développement et régression par le passage d’un signifiant à l’autre du désir dont on sait qu’il s’est aliéné dans des signifiants de plus en plus éloignés de son origine.
Par sa demande de réponse et par l’absence de réponse qui lui est opposée, le patient entrouvre tout son passé jusqu’à l’enfance et la petite enfance.
Sur ce fond de silence, lorsque l’analyste prononce un mot, une phrase ou une interprétation très concise visant plus l’affectivité que la raison, cette intervention prend beaucoup plus de poids et de force car la parole de l’analyste n’a pas de meilleur adjuvant que le silence ; c’est du silence et de l’attente qu’elle tire et prend sa vraie valeur ainsi que son efficacité.
A un moment de l’analyse, on peut faire le constat d’un autre niveau d’échange où la parole n’a plus cours. Le silence s’installe, un silence très différent des autres, ce n’est plus un silence d’opposition, de peur ou de malaise mais un silence tranquille et bénéfique dans lequel le patient se laisse aller.
Ce silence peut durer toute la séance ou plusieurs séances, le patient se sent bien et l’exprime en termes simples « comme c’est tranquille ici » « comme je me sens calme et en paix ».
Il semble y avoir une sorte d’état d’union avec l’analyste dans et par le silence dans une sorte de plénitude.
Cette relation non verbale semble relever du stade pré-objectal du développement, période des premiers mois de la vie où la dualité du sujet et de l’objet n’est pas encore perçue et où ce qui est éprouvé ne peut s’exprimer avec des mots.
Ce serait la nostalgie de l’état fusionnel qui serait à la base de cette relation non verbale et non verbalisable ; le sujet ne peut la revivre qu’en retrouvant une union passagère à l’autre.
Le patient fait donc l’expérience d’un bien être nouveau et inconnu jusqu’alors, il prend conscience qu’il existe à l’intérieur de lui-même une zone sans conflits, un point stable et sans remous ; le fait d’avoir pu l’éprouver permet de prendre de la distance à l’égard des conflits qui l’agite, de ne plus avoir peur du silence et de puiser dans ce moment privilégié une nouvelle force pour assumer la séparation.
Dans ce moment de paix, il n’y a plus les sentiments excessifs : amour, haine ou ambivalence qui ont caractérisé le transfert sur l’analyste, changement notable qui favorise l’intégration de tout ce que l’analyste a pu apporter ou enseigner ; cette dépassionnalisation aide également à la liquidation de la névrose de transfert pour déboucher sur une relation beaucoup plus paisible à travers laquelle l’analyse va pouvoir se poursuivre.
JP BÈGUE Psychanalyste
www.monpsychanalyste.com
19:11
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13.01.2004
La constitution du moi
La constitution du Moi
Au début de la vie, l’enfant ne voit dans l’autre, qu’un semblable auquel il se confond et s’identifie. Le sujet est son double, l’union à la mère est prégnante, le bébé se confond avec elle, il ne fait qu’un avec elle, corporellement et psychiquement. Il ne veut être que le complément de ce qu’elle désire.
C’est le père ou son substitut qui, par la présence de sa parole, va s'introduire dans la relation mère/enfant permettant ainsi au bébé de commencer à se différencier de sa mère et d'accéder à la réalité. Sans le père, le bébé resterait collé à sa mère et la mère à son bébé, dans une relation aliénante1 parce que le bébé ne désirerait rien d'autre que la pérennité de l'état fusionnel de plaisir qu'il a connu jusqu'alors.
Les premières expériences concernant la bouche, les oreilles, la peau, la zone anale et génitale éveillent des sensations de plaisir à partir des soins corporels prodigués. La répétition va conduire à une première ébauche du moi sous la forme d’un moi morcelé : moi-bouche, moi-peau, moi-génital tandis que les caresses, les vêtements, le berceau sur lequel il repose, les bras qui le portent contribuent à lui faire ressentir les limites de son corps, expériences qui lui donnent un début d'image corporelle2, il ne fait plus tout à fait un avec la mère tout en continuant à être greffé sur elle.
Le bébé communique aussi peau contre peau avec sa mère, si elle va bien, le bébé se développe sans problème. Par contre si la mère est angoissée ou en difficultés psychologiques, le bébé réagit par des affections cutanées car c’est à ce moment –là, pour lui, le seul moyen d’exprimer ce qu’il ressent.
Le bébé est également très sensible à l’odeur de sa mère, tant qu’il ne la reconnaît pas visuellement sa reconnaissance passe pendant une certaine période par l’odorat.
Si un enfant est privé de sa mère pendant cette période et même s'il est alimenté, il est indispensable afin qu’il ne sombre pas dans une grave dépression de lui laisser en permanence un tissu imprégné de l’odeur maternelle.
Le bébé incorpore donc bien plus que la nourriture, si la mère n'est plus là, l'enfant ne se reconnaît plus car à cette époque précoce, il ne distingue pas encore sa personne de celle de l'autre. Le corps de sa mère est le prolongement du sien ; il joue avec les doigts ou les cheveux de celle-ci comme s'ils étaient à lui. Il peut confier une partie de son corps pour qu'elle joue avec en mettant ses propres doigts dans la bouche de sa mère.
Une séparation d'avec la mère à moins de 7 mois d'une durée de 8 jours sans que cette absence ait été parlée au bébé, aura pour conséquence de produire un hiatus entre sa mère-lui (c'est à dire l'entité formée par les 2) d'avant la séparation et lui-une autre personne nourricière (nouvelle entité) pendant ces 8 jours.
Au retour de sa mère, son visage, sa voix, son odeur sont morts en lui car il s'est regreffé sur la nouvelle personne avec ses caractéristiques autres que celles de la mère.
Sa mère de nouveau près de lui, il reste indifférent et risque de se replier sur lui-même sans communication avec l'entourage si celle-ci ne rétablit pas le contact physique et verbal avec lui.
Après l'âge de 7 mois, l'enfant manifeste son désagrément, il détourne la tête, pousse des hurlements. Pour rétablir la situation d'avant l'absence, il faut que la mère lui parle de son absence mais sans l'embrasser, ni le toucher, il s'agit de rétablir par des mots la continuité de la vie d'avant à la vie d'après l'absence (comme un raccommodage quand un vêtement est déchiré mais avec des mots).
On voit donc que ce n'est pas uniquement le fait d'être nourri qui est important ; le développement ne dépend pas seulement de la présence maternelle et de son amour mais aussi des paroles que le bébé avale en même temps avec ses oreilles quand il est au sein.
A cette époque, il est tout car il n'y a qu'un embryon de limites entre lui, le monde extérieur et les personnes qui l'entourent, tout ce qu'il voit est lui ; il est ce rideau qui bouge, cette main qui le caresse, ce visage qui lui sourit, tout ce qu'il entend est lui ; cette musique, ce bruit, cette voix.
Peu à peu, le visage humain se construit par la répétition de l'apparition du visage maternel, ce qui laisse une trace dans la mémoire du nourrisson. Vers le 3 ème mois le bébé y répond par un sourire dès qu’il se présente de face dans son champ visuel.
Quelques mois plus tard, il reconnaît le visage de sa mère et pleure violemment à tout visage étranger (entre le 6 ème et 8 ème mois).
Entre 4 et 12 mois, l'enfant s'attache à un objet particulier, un doudou, un vêtement, une petite couverture qu'il suçote, serre contre lui et qui s'avère indispensable au moment de l'endormissement. Cet objet se situe entre le pouce et l'ours en peluche, il est une partie inséparable de l'enfant et c'est- aussi un objet qui n'est pas lui. Cet objet que l'on nomme transitionnel constitue le passage vers la perception d'un objet nettement différencié du sujet.
Graduellement, après une période de babillage où le nourrisson écoute les sons qu'il a lui-même produit, de redoublement de syllabes, les premiers mots vont apparaître, répétition de mots entendus en relation avec des situations de plaisir ou de déplaisir.
La tonalité affective des voix a une grande importance car le bébé est doué d’une extrême capacité à saisir l’intentionnalité de l’autre et son état psychique, c’est cette attitude plus ou moins consciente qui aura une influence sur l’évolution du langage et sur le plaisir que l’enfant aura à travers ces échanges.
L’enfant va prendre conscience de sa forme corporelle à travers l’expérience du miroir vers 6 mois.
Dans un premier temps, il confond son reflet avec la réalité, il veut saisir cette image, en vain, il constate que le reflet n’est pas réel puis il réalise que cette image est la sienne, que son moi a cette forme humaine contenante. Il n'est plus tout, il n'est que cette forme dans le miroir : une image, c'est par l'intermédiaire de cette image qu'il acquiert la connaissance de sa forme.
Il est indispensable que l’adulte soit présent et nomme ce qui se passe et dise « tu vois ça c’est l’image de toi et ça c’est mon image. » L’enfant va aussi découvrir qu’il est plus petit que l’adulte.
Le moi a acquis la représentation de sa forme, de son unité et de ses limites ; cette image corporelle unifiée est indispensable pour accéder plus tard à l'identité par contre le moi n'a pas encore son individualité psychique, le moi c'est l'autre, plus précisément l'image de l'autre.
Ce sont les images des autres (frère, sœur, parents, camarades) qui vont être à l'origine de la formation du moi. Le moi ne précède pas l'image, il est d'abord hors de soi dans les autres qui sont vus.
C’est une période au cours de laquelle va dominer la confusion entre soi et l’autre. De 6 mois à 2 ans et demi, l’enfant mis en présence d’un autre enfant est à la fois lui et l’autre ; l’enfant qui tape dit avoir été tapé, celui qui en voit un autre tomber pleure.
Le non apparaît lorsque l’enfant commence à se déplacer et que sa motricité le met en situation dangereuse obligeant sa mère ou son père à lui interdire certaines choses en lui disant non. L’enfant va reprendre à son compte le non d’abord par imitation et va expérimenter cette nouvelle capacité acquise aux contacts de ses parents pour poursuivre la construction de son individualité.
Le dire non est positif car il met de la distance entre lui et la mère, l’enfant réfléchit à l’acte que sa mère lui a demandé de faire et si cet acte correspond en effet à son désir, ce qui est presque toujours le cas, il peut faire oui et agir oui du seul fait qu’il a eu la possibilité de dire non. Il faut bien comprendre qu’au départ le non est un non à la dépendance totale qu’il a avec ses parents et plus particulièrement à la mère, c’est pour faire véritablement oui de façon intentionnelle en accord avec la mère ou le père que l’enfant passe par le dire non.
Ce dire non pour faire oui et le dire oui en même temps qu’il fait non, les parents qui l’entendent doivent faire preuve de compréhension et surtout ne pas se mettre à dire alors ne le fais pas ou le traiter de méchant ou penser qu’ils ne savent pas se faire obéir de leur enfant, une telle attitude brouillerait les cartes et rendrait l’enfant confus par rapport à son désir de faire oui après avoir dit non, c’est alors qu’il y aurait risque d’une opposition permanente de sa part.
Il vaut mieux ne pas entendre ce non, car l’enfant quelques secondes après l’avoir dit si sa mère ne manifeste rien fera avec joie ce qu’elle lui demande.
Il ne pourra pas y avoir d’obéissance s’il n’y a pas eu cette période de dégagement de la dépendance qui permet d’organiser la différenciation moi/toi et le passage au je.
Par contre les parents doivent continuer à interdire ce qui n’est pas permis, attitude qui est absolument nécessaire pour donner des limites à l’activité de l’enfant dans la réalité, ce sont ces limites dans la réalité qui permettront la construction de limites dans son psychisme, c’est à dire des contenants pour les désirs et pour la pensée ; tout n’est pas possible, l’enfant doit l’apprendre le plus tôt possible.
Au niveau du langage, il va entrer dans ce monde sonore et trouver les mots qui le représentent dans le discours : son prénom ou son diminutif, le pronom "il". En étant nommé, il comprend qu'il s'agit de lui, il commence à participer aux échanges familiaux en se nommant lui-même par ces mots : Pierre a mangé", "il va dormir".
Le "tu" prononcé par l'entourage va l'amener à reprendre ce "tu" pour l'appliquer à son interlocuteur, ce qui va lui permettre de sortir de la confusion entre lui et l'autre.
L'utilisation maîtrisé du "tu" introduit la reconnaissance de l'autre comme étant séparé de lui et lui comme séparé de l'autre. A la suite de ces expériences, il s'éprouve comme une individualité capable de distinguer l'intérieur de l'extérieur, le dedans du dehors, il accède ainsi progressivement par l'utilisation de son prénom, du "il" et du "tu" à la conscience de soi et à la capacité de dire "je".
Puis pendant toute une période l’enfant dit à tout propos, moi ma maman ceci, moi mon papa cela, cette formulation indique qu’il n’est pas encore individualisé mais articulé à ses parents. Ce n’est que lorsqu’il peut lâcher la mère ou le père garanti de son identité qu’il peut aller seul vers quelqu’un d’autre sans crainte de perdre sa sécurité existentielle.
Une difficulté à l'acquisition du "je" peut survenir quand l'un des parents considère inconsciemment que l'enfant est partie intégrante de sa personne car lui-même ne peut se sentir entier qu'à la condition que l'autre soit près de lui physiquement et psychiquement
Il l'englobe alors dans un "on" impersonnel (on va se promener, on mange) qui perturbe et parfois empêche l'accession au je, l'enfant devenu adulte dira toujours on lorsqu'il sera avec une autre personne sans en avoir conscience.
Bientôt, par le nom qu'il porte (le nom du père) et par le fait qu'il est nommé,1 il peut se situer comme le fils de, le petit fils de, comme appartenant à ce coin de terre, il s’intègre ainsi dans une histoire familiale unique.
Cette histoire familiale unique est véhiculée par le langage au niveau des mots eux-mêmes, de la fréquence de certains, de ceux que l’on évite, de ceux qui gênent, de ceux qui provoquent la joie ou la peine, l’enfant s’imprégnera de ces mots, de cette affectivité qui va avec et sa vie commencera à être déterminée par eux, l’enfant se situe dans une lignée où il a déjà sa place avant sa naissance dans l’histoire individuelle réelle et fantasmatique des parents qui ont eux-mêmes leur place dans l'histoire collective de leur pays.
L'enfant est sensible à la façon d’une plaque photographique à tout ce qu’il voit, à tout ce qu’il entend, il s’accroche aux mots, aux images, aux sensations pour se constituer.
Au départ le moi n’est qu’un vide que le milieu remplira jour après jour et c’est cet apport que le sujet s’appropriera en copiant les comportements des personnes qu'il voit et les dires de son entourage.. Chacun va aborder et négocier son destin avec ce qui lui aura été dit depuis qu'il est tout petit et c'est avec ce discours là que chacun va aborder autrui.
Le langage est donc la condition de la prise de conscience de soi comme une entité distincte du monde et des autres auxquels il risquerait de se confondre. Il va permettre à l'enfant de s'imprégner d’une histoire transgénérationnelle, d’un donné social, d’une culture, d’interdits et de lois.
Une non différenciation ou une différenciation insuffisante d’avec l’autre sur le plan psychique peut avoir son origine dans 4 types de situations.
Une situation de trop bonne relation où tous les désirs sont satisfaits avec une absence de frustrations. C’est le cas du nourrisson puis du jeune enfant qui se trouve dans une relation fusionnelle avec la mère ou une autre personne de l’entourage particulièrement aimante et aimée.
Une situation dans laquelle l’adulte ne peut supporter que l’enfant puisse exister indépendant, autonome en dehors de lui car il en a besoin pour combler un manque psychique (ne pas être seul par ex) et se sentir ainsi complet et bien.
Lorsque l’enfant représente plus ou moins inconsciemment quelqu’un d’autre que lui-même pour l’un de ses parents devenant alors le support d’un sentiment d’amour excessif, de haine ou de jalousie. Ce sentiment inconscient fait écran, génère des troubles et empêche une relation normale : tel cet enfant dont la mère se trompait régulièrement de prénom le nommant à certains moments par celui de son frère ou cet autre proche de la psychose1 pour lequel les parents pensaient qu’il était la réincarnation de leur père respectif.
Enfin l’enfant maltraité qui subit des sévices et intériorise l’autre en lui, il est à la fois le bourreau et la victime.
Dans ces situations, la capacité à se séparer, à acquérir l’autonomie ne peut se mettre en place au plan psychique c’est à dire que la frontière entre soi et l’autre ne s’établit pas correctement, le sujet est à la fois en lui et en l’autre dans une sorte de continuité psychique qui va de l’un à l’autre.
Dans ce contexte, l’accession à l’identité va se trouver perturbée, il est difficile de savoir qui on est quand on est aussi un peu l’autre ou une partie de l’autre. Cette question de « qui je suis » est souvent posé à l’âge adulte, parfois avant, par des sujets qui ont vécu ce type de relation.
Confrontés à la différence des sexes, ces sujets se demandent aussi quelle est leur identité sexuelle et à l’âge adulte ils peuvent se révéler selon les circonstances hétérosexuel ou homosexuel.
La capacité à distinguer l’imaginaire et le réel va se trouver également perturbée pour la même raison, il y aura une continuité entre les 2 et non une séparation claire et nette car la relation duelle2 favorise l’imaginaire et entrave l’accès au symbolique qui lui permet la description du réel (nommer les choses et les faire exister indépendamment de celui qui les nomme).
Le sujet est alors dans un monde où le rêve et la réalité fusionnent, tout est possible, il suffit de désirer pour obtenir, d’imaginer la chose comme réalisée pour qu’elle le soit (pensée positive, pensée magique), la pensée n’est pas vraiment soumise à la réalité et elle va être aussi très interprétative ; les choses ne peuvent exister en elles-mêmes, pour elles-mêmes, elles existent et prennent un sens particulier pour le sujet, il n’y a pas de hasard, le monde est rempli de signes, de correspondances à déchiffrer, pour le comprendre, pour se comprendre, pour comprendre ce qui arrive et pour agir.
Le sujet donne un sens personnel à certains mots, en crée d’autres de toute pièce ou en combine plusieurs pour n’en faire qu’un. Il peut imaginer que certains lui sont bénéfiques, d’autres maléfiques, tout devient symbole, tout à un sens (même la carie sur telle ou telle dent).
Les craintes, les angoisses vont se situer plus particulièrement au niveau oral : crainte de l’empoisonnement par des aliments contaminés par la pollution par ex, peur d’une atteinte corporelle, toujours s’observer, se soigner préventivement, cette crainte d’être détruit (peut-être à cause de limites corporelles incertaines) se reporte dans certains cas sur la planète qu’il faut protéger ou dans des sentiments de persécution projetés sur les parents ou sur la société vécue comme pourrie.
1 Des enfants vivant seuls avec une mère qui ne souhaite pas les voir grandir de peur qu’ils ne s’éloignent d’elle et sans référence à un père deviennent le plus souvent amorphes, sans désir et se révèlent incapables d’apprendre à l’école.
2 Image corporelle : prise de conscience progressive par le bébé de parties de son corps
1 Seul un acte de parole, une nomination du nom du père permet d'authentifier une descendance.
15:55
Écrit par jean
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